Tenerife. Vaste île volcanique des Canaries, bordée d'un océan turquoise et parsemée de building infectes dont les créateurs se morfondent aujourd'hui dans des réunions d'architectes anynomes autour de débats sans fin comme "mais pourquoi j'ai fait ça?". L'endroit rêvé pour un débarquement de 3 jours de Team Building Yahoo. Pour rêver ensemble d'un monde meilleur avec des actions en hausse et 1200 nouveaux amis.
L'agenda se veut serré, quasi militaire avec petits dej à partir de 6h30 et réunions toutes les 10 minutes, une sorte de "1ere compagnie" version Yahoo et pas TF1. La seule question qui me taraude c'est qui fera Jean Roucas.
Tout commence comme une colonie bruyante, on a mis revêti ces beaux plus atours de combat en faisant mine de rien, mais les premiers regards sont calculés: on cherche ses copains de chambrée dans l'aéroport, observe les potentielles copines de chambrée du coin de l'oeil. Quelques heures de vol agités. On se demande un peu ce que l'on fait là, dans un avion avec tous ces gens, ces visages connus et inconnus qui a priori ont tous quelque chose en commun. Un petit tour de bus nous laisse découvrir les "merveilles" de Tenérife et nous donne une idée de ce que pourrait devenir la lune dans une cinquantaine d'années lorsqu'elle aura été laissé aux mains de promoteurs immobiliers, seulement soucieux de leur compte en banque et du décolleté imitation léopard de leur femme. Puis on nous annonce l'arrivée à "Las Playas de Americas". Le nom m'inquiète, comme si on l'avait choisi pour renforcer un côté classe et grands espaces en y accolant "de Americas". Et pourtant c'est bien vrai, l'hôtel, ou plutot les hôtels, que dis-je le complexe hotelier, ressemble à Las Vegas. Mais le Las Vegas des années 70, celui du strip et de "Casino". Je cherche Scorcese et Joe Pesci au détour d'une colonne, ne désespère pas d'apercevoir Sharon Stone. Encore un architecte qui doit être en train d'expier ses fautes en ce moment. Il a réussi à faire le premier immeuble vintage, mais neuf. Un concept.
Je suis Team Leader. Un peu comme un sergent, mais ma compagnie s'appelle Pink Dolphin. Ca n'impressionne pas l'ennemi sur le champ de bataille, mais au moins ça intrigue. Mes soldats viennent de toute l'Europe et me suivront jusqu'à la mort, et pour certains jusqu'au tournoi de Beach Volley. Un engagement sans faille. On me respecte. C'est normal je suis Team Leader. Je dis à mes gars, mes camarades, mes frères d'armes d'avoir le coeur bien accroché, ne serait-ce que pour tenir le coup lors des repas. Rien n'est fait pour nous épargner. Car chaque repas est bien une épreuve. Les mauvais plats succèdent aux très mauvais, avec des petites touches d'inbouffables. Les serveurs l'ont d'ailleurs bien compris. Plutôt que de vous laisser dans un face à face terrible avec votre assiette quasi pleine et qui ne se videra plus, il vous la retire au bout de quelques minutes. Presque de force. Les instructeurs/cuisiniers ont du laissé des instructions claires, pour ne pas que nous soyons exposer trop longtemps aux radiations.
Les conférences des supérieurs se succèdent. La stratégie est claire. Gagner du terrain, avancer, doubler les effectifs, faire 100 millions de prisonniers et le plus possible de réquisition pour faire grossir le butin. Dan R, l'un des commandants en chef, motive les troupes, Sue D tente une expérience grandeur nature, digne de Copperfield: hypnotiser le plus grand nombre d'entre nous. Je vois des camarades tomber dans ses griffes au bout de quelques minutes.
Le soir venu, fourbu par leur journée, je vois encore des camarades tomber les uns après les autres. Plus pour les mêmes raisons. Livré à eux mêmes, les hommes se relachent et font retomber la pression. Ou plutôt la boive la pression. On parle poésie et géopolitique, stratégie pour conquérir l'Ireland, un bien beau pays très valloné, on fraternise avec la légion étrangère, on se dit que les soldates grande bretonne n'ont pas froid aux yeux ni au reste.
Les excercices de reconnaissance continuent de nous maintenir en forme, on nous fait découvrir les joies de la musique militaire, le métier de conducteur de char, l'équipe s'occupant du recrutement des nouveaux, on nous questionne, nous teste physiquement sous un soleil de plomb. On récompense les plus valeureux d'entre nous, les tireurs d'élite. Avant de nous imposer à nouveau le supplice de la cantine, de nuit de surcroit, sous une simulation de bombardement. Les hommes se dispersent sur la plage. Les plus courageux veilleront toute la nuit, prenant leur quart d'eux-mêmes, pour veiller sur ceux qui se permettent un peu de repos.
Avant de reprendre l'avion dès le lendemain matin, après un véritable nuit de combat pour certains. Le parachutage sur Paris est brutal, la température chute brusquement. On se retrouve seul avec ses doutes, sans personne pour vous soutenir si vous flanchez. Mais je ne flancherai pas, je suis un Team Leader.
Reste les souvenirs. Ces trois jours qu'on annoncait terribles vous ont encore endurci. Une épreuve de plus sur le chemin de la reconnaissance. On y a partagé quelques moments volés avec des soldats dignes de votre trempe. Qui sont allé jusqu'à finir votre gourde pour vous prouver leur attachement. On ne sait pas si on repartira à nouveau au front avec eux, mais qu'importe, ces moments resteront. Et les autres, tous les autres, tous ces regards. Dont certains que vous emportez avec vous, sans trop savoir pourquoi. Longue vie aux Pink Dolphin.
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