Etre affublé d'un surnom ridicule ne relève pas de la faute grave. D'abord parce qu’on ne le choisit pas : ce sont la famille, les amis, les fans, ou les copains de cellule qui le font pour vous. Ensuite parce cela offre tout de suite une certaine connivence avec votre interlocuteur, dégagée du côté cérémonial du prénom légal et ou/biblique. On sent que l’on franchit un pas dans une relation amicale quand une Valérie devient une Valou, un Nicolas un Nico, ou encore un Bernard un "vas-y Nanard, remets nous la même chose”. Malgré ça, certains sobriquets sont plus difficiles que d’autres à porter. Je crains que celui de Madec ne fasse partie de cette catégorie. Et finalement, d’où vient-il : origine celte, brésilienne ou quimperoise ? C’est vrai après tout, pourquoi “Madec” ? Olive passerait encore comme dans “Hé, il est pas là Olive ?”, on pourrait même aller jusqu’à “il vient pas finalement l’autre ?”. Doit-on voir par là le besoin impétueux de simplement cacher son nom de famille ? Cette volonté de masquer ses origines peut parfois s’expliquer lorsque ses prédécesseurs n’ont pas eu un passé glorieux, ou au contraire très glorieux mais sur une courte durée. Les fils Papon et Pinochet par exemple rêveraient de s’appeler Durand ou Rodriguez, comme tout le monde finalement. Mais rien de ce côté là pour le patronyme Madelin. Sorti du triste sir Alain qui rêve encore un jour d’obtenir la nationalité américaine pour réveiller la classe politique française à coup de “in God we trust”, pas de boulet à traîner du côté de l’histoire. Il aurait même existé quelques Madelin plus ou moins prestigieux comme John Fitzgerald Madelin, inventeur du débarquement raté en terre hostile, Pierrot Madelin, inventeur de la sucette plate, ou encore José-Mario Madelin, le plus fameux, inventeur de l’excuse bidon.
Mais bon acceptons-le : l’Olivier Madelin que nous connaissons a choisi lui de ne faire figurer qu’une partie de son patronyme dans son surnom. Dont acte.
Un peu d’histoire : le jeune homme dont nous évoquons le cas est issu d’une génération où les Olivier pullulaient comme les Steven ou Dylan d’aujourd’hui. Steven Madelin aurait pourtant eu un certain charme, une sonorité intéressante “Steven tu me prêtes ta polo steuplai ?”. Mais les shows télévisés de l’époque qui donnaient leurs lettres de noblesse à un prénom fleuraient encore bon la campagne française avec “Tanguy et Laverdure”, “Belle et Sebastien”, “Olivier et les araignées de mer”. On était loin de l’américanisé “Alerte sous le soleil de Beverly Hills” dont les dramatiques répercussions se feront sentir sur plusieurs générations.
Puisque tout le monde s’appelait de la même manière, il fallait bien trouver quelque chose pour différencier un Fresneau d’un Roisin, un Jouaneau d’un Madelin. D’où ce Mad, assez minable il faut bien le reconnaître. Pour les non-initiés de la langue de Shakespeare, précisons qu’il s’agit de la traduction de “n.m : fou, être humain aliéné, syn : dinguo, personne mangeant des frolics”. Olivier le Fou, un nom qui résonnerait bien dans un épisode de Jacquou le croquant, mais beaucoup moins pour caractériser la vie d’Olivier Madelin. On imagine en effet un vrai fou, ou dans la langue de djeune, “quelqu’un qui fait des trucs de ouf”, le genre qui impressionne les filles. Mais à bien y réfléchir, pas de concours de celui qui boit le plus de bières en 10 minutes dans la vie d’Olivier, pas de saut en parachute les yeux bandés, pas de ride en skate derrière un bus en bermuda fluo. Conclusion, Mad porterait-il bien son nom ou étions-nous en face d’une vaste supercherie ? Ou serait-ce le sens de l’histoire que d’avoir des noms qui ne reflètent pas toujours la réalité : après tout Alexandre était-il vraiment grand, Pépin était-il toujours bref, Rousseau était-il vraiment douanier entre deux romans ?
Pour ne pas prendre le risque de mentir impunément à la face du monde, une fois comme ça nous avons décidé d’ajouter une consonance bretonne à ce surnom idiot. Non pas que les origines d’Olivier se situent dans la rade de Brest, mais bien quelque part entre Barcelone et Lisbonne. Mais loi Toubon oblige, cette francisation du surnom d’Olivier renforce du même coup son côté marin, sent bon l’embrun et la marée, les galettes au sarrasin et permet de lutter ouvertement pour une Bretagne libre. Sans négliger le fait que les rimes foireuses sont plus faciles à faire avec des “ekes” qu’avec des “ad”. Ne serait-ce que pour “Tête de cake”.
C’est donc pour toutes ces raisons que vous et moi ne disons jamais “il est où Olivier ? ”, mais bien “qu’est-ce qu’il fout l’autre ? ”.
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